On va commencer par un truc tout bête. Mais attention : tout bête ne veut pas dire pas important.
Parce que si tu ne maîtrises pas ton coût matière, tu peux avoir une carte magnifique, faire du volume, avoir des clients contents, être blindé à midi… et à la fin du mois, regarder ton compte bancaire en mode : « Mais il est passé où l’argent ? »
C’est justement là que ça devient intéressant.
Le premier piège : regarder uniquement le prix de la viande
Prenons une escalope de poulet à 6,50 € le kilo. Tu veux faire un burger avec 150 g de poulet.
6,50 € ÷ 1 000 g × 150 g = 0,98 €
Donc ton poulet te coûte environ 0,98 € par burger. OK.
Mais 0,98 €, ce n’est pas encore ton vrai coût matière du burger. C’est uniquement le coût de ton poulet. Et c’est là que beaucoup de gens se font matrixer par leur propre calcul.
Ton burger, ce n’est pas que du poulet
Il faut maintenant ajouter tout ce qui rentre réellement dans ton produit :
- ton pain ;
- ta panure ;
- ta sauce ;
- ton fromage ;
- tes crudités ;
- tes épices ;
- ton huile de cuisson ;
- ton emballage, selon la méthode de calcul que tu utilises ;
- et les autres ingrédients directement nécessaires à ton produit.
Tu additionnes tout. Et là, tu commences à avoir ton véritable coût matière par portion.
Mais il y a un autre boss qui arrive : le rendement
Et celui-là, il faut vraiment le connaître. Parce que ton fournisseur te vend du poids brut. Toi, tu travailles avec du poids réellement utilisable.
Et entre les deux, il peut y avoir : du parage, des morceaux retirés, des pertes de préparation, de la cuisson, de la surproduction, des produits jetés.
Donc si tu achètes ton poulet 6,50 €/kg et que tu perds une partie de la matière, ton coût par kilo réellement utilisable augmente.
Tu achètes 10 kg de poulet à 6,50 € → 65 € d’achat.
Après préparation, tu n’as réellement que 9,5 kg utilisables.
Ton coût réel devient : 65 € ÷ 9,5 = environ 6,84 €/kg utilisable.
Tu vois la différence ? Sur le papier, tu pensais être à 6,50 €. En réalité, ta matière exploitable te revient à environ 6,84 €. Et ça, c’est sans même parler des autres pertes.
C’est pour ça qu’on reste focus sur le rendement.
Maintenant, parlons des portions
Là, on touche à un autre gros sujet. Tu as décidé que ton burger contient 150 g de poulet. Très bien. Mais est-ce que ton équipe met réellement 150 g ?
Parce que si aujourd’hui tu mets 150 g, demain 165 g et vendredi 180 g… tu n’as plus vraiment une recette. Tu as une loterie. Et ton food cost, lui, il ne rigole pas.
Prenons seulement 30 g de différence. À 6,50 €/kg, 30 g de poulet représentent environ 0,20 €. Ça paraît ridicule. Vingt centimes.
300 burgers par jour → 60 € de matière supplémentaire par jour.
Sur 26 jours d’ouverture → 1 560 € sur le mois.
Et là, bizarrement, les 20 centimes commencent à devenir beaucoup plus intéressants.
C’est ça, le snack. Une petite fuite × beaucoup de commandes = une vraie fuite de marge.
Et c’est pour ça qu’on pèse
Pas pour emmerder les équipes. Pas pour devenir le patron qui sort la balance toutes les trois minutes. Pour maîtriser son business.
Une recette professionnelle doit pouvoir être reproduite. Si ton poulet doit faire 150 g, il doit faire 150 g. Si ta sauce doit faire 25 g, elle doit faire 25 g. Si ton fromage doit être composé de deux tranches, tout le monde doit savoir exactement lesquelles et dans quelles conditions.
Le client doit retrouver le même produit à chaque commande. Et toi, tu dois retrouver le même coût.
Maintenant : le fameux ×3, ×4…
Ah, le fameux. On entend souvent : « Fais ×3 », « Fais ×4 », « T’inquiète, avec ça tu gagnes ». Anyway… non.
Le coefficient est utile. Très utile même. Mais ce n’est pas le bouton « je deviens rentable ».
Si ton produit te coûte 3 € et que tu fais ×3, tu obtiens 9 €. Très bien. Mais derrière, ton entreprise doit encore payer : le personnel, les charges, le local, l’électricité, les assurances, les commissions de livraison, les frais bancaires, l’entretien, les pertes, les taxes.
Donc un produit peut avoir un beau coefficient et ne pas être suffisamment rentable pour ton établissement. C’est pour ça qu’on va apprendre à regarder plus loin que le simple : « Je l’achète combien ? Je le vends combien ? »
Le vrai réflexe Snacker Pro
À partir de maintenant, quand tu crées un produit, pose-toi quatre questions.
1. Combien me coûte réellement chaque portion ?
Pas le prix du carton. Pas le prix du kilo. Le coût de la portion que je mets réellement dans le produit.
2. Quel est mon rendement ?
Est-ce que mon kilo acheté me donne vraiment un kilo utilisable ?
3. Est-ce que mes portions sont maîtrisées ?
Parce qu’une recette sans grammage, c’est souvent une recette où la marge part petit à petit.
4. Est-ce que le prix de vente me permet réellement de faire vivre mon établissement ?
Et là, on commence à parler de vraie rentabilité.
Le petit mindset à garder
Un produit peut être ultra bon, ultra beau, ultra viral, complètement boosté sur les réseaux… et être une catastrophe financière. À l’inverse, un produit tout simple peut être une véritable machine à marge.
Le but n’est donc pas simplement de trouver le produit qui se vend. Le vrai game, c’est de trouver le produit qui réunit : plaisir client + prix acceptable + rapidité de production + régularité + maîtrise du coût + marge.
Parce que finalement : faire du chiffre, c’est bien. Savoir ce qu’il te reste à la fin, c’est mieux.
À retenir
Ton coût matière, ce n’est pas seulement le prix de ton ingrédient principal. Tu dois regarder le prix d’achat + la quantité réellement utilisée + le rendement + les pertes + les autres ingrédients de la recette + les éléments directement liés au produit.
Et surtout : ne sois pas matrixé par ton prix fournisseur. Ce qui compte, ce n’est pas seulement « J’achète mon poulet 6,50 €/kg », c’est : « Combien me coûtent réellement les 150 g de poulet que je mets dans mon produit, une fois pris en compte mon rendement et mes pertes ? »
Là, tu commences à piloter ton snack.
Snacker Pro — Reste focus sur tes chiffres. La marge, elle, ne fait pas semblant.